PROSTITUTION SACRéE GRECE?? MONNAIE DE SPARTE ? PROSTITUTION ET Pédérastie ? TECHNIQUES CONTRACEPTIVES ? PROSTITUTION MASCULINE BACCHUS?

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Prostitution sacrée

La Grèce ne connaît pas de prostitution sacrée d'ampleur comparable à celle qui existe au Proche-Orient ancien. Les seuls cas connus concernent les franges du monde grec (en Sicile, à Chypre, dans le royaume du Pont ou en Cappadoce).

En Grèce même, Corinthe constitue une exception : à l'époque romaine, Strabon témoigne que l'Acrocorinthe héberge plus d'un millier d'esclaves du temple (ἱεροσοὐλος /hierodoulos), prostituées (ἑταίρας / hetairas)37, vouées par des citoyens à la déesse, source des richesses de la ville. C'est, selon lui, l'origine du proverbe « il n'est pas donné à n'importe qui d'aller à Corinthe »38, qui met l'accent à la fois sur le caractère agréable du séjour là-bas, mais aussi sur son coût39.

Athénée confirme la pratique : « Quand de simples citoyens prient la déesse d’exaucer leurs désirs, ils s’empressent d’ajouter que, si leur vœu se réalise, ils lui amèneront, comme témoignage de leur gratitude, des prostituées. »40 

Déjà en 464 av. J.‑C., un dénommé Xénophon de Corinthe, vainqueur de la course à pied et du pentathlon aux Jeux olympiques, dédie à Aphrodite, en signe de remerciement, cent jeunes filles au temple de la déesse. Il commande à Pindare un chant de gala qui célèbre les « filles très accueillantes, servantes de Péitho [la persuasion] en la fastueuse Corinthe »41.

La réalité de la prostitution sacrée corinthienne a été contestée42 : Strabon ne témoignerait pas par expérience personnelle, mais aurait inventé la chose, en s'appuyant sur ses connaissances sur la prostitution sacrée proche-orientale. On a également avancé qu'aucune des structures mises au jour sur l'Acrocorinthe ne permettait d'héberger une telle population43 et que le terme de « hiérodule » peut s'employer sans lien avec la prostitution. Inversement, on a objecté que cette position ne tenait pas compte du témoignage de Pindare, et que la description de Strabon ne correspondait ni aux récits d'Hérodote sur la prostitution sacrée à Babylone44, ni à ceux de Strabon lui-même sur ce phénomène en Arménie45 et en Égypte46,47.

Le cas de Sparte

Seule entre toutes les cités, Sparte est réputée en Grèce pour n'abriter aucune pornêPlutarque48 l'explique par l'absence de métaux précieux et de véritable monnaie — Sparte utilise une monnaie de fer qui n'est reconnue nulle part ailleurs : aucun proxénète ne trouverait d'intérêt à s'y installer. De fait, on ne trouve pas de trace de prostitution commune à Sparte à l'époque archaïque ou classique.

Le seul témoignage troublant est celui d'un vase du vie siècle av. J.-C.49 montrant des femmes jouant de l'aulos dans un banquet d'hommes. Cependant, il semble qu'il s'agisse là non d'une description de la réalité spartiate de l'époque, mais d'un simple thème iconographique.

La présence d'un démon ailé, de fruits, de végétation et d'un autel laissent également croire qu'il pourrait s'agir d'un banquet rituel en l'honneur d'une divinité liée à la fertilité, comme Artémis Orthia ou Apollon Hyacinthius.

Sparte connaît cependant des hétaïres à l'époque classique. Athénée évoque les courtisanes avec lesquelles Alcibiade fait la noce pendant son exil à Sparte (415-414 av. J.-C.).Xénophon50 narrant la conspiration de Cinadon (début du ive siècle av. J.-C.) précise que le principal intéressé est écarté de la cité sous le prétexte d'appréhender « une femme qui passait là-bas pour une très belle femme, mais qu'on accusait de corrompre les Lacédémoniens, vieux et jeunes, qui venaient à Aulon. » Il s'agit très probablement d'une hétaïre.

À partir du iiie siècle av. J.-C. au moins, alors que de larges quantités de monnaie étrangères circulent en Laconie, Sparte rentre totalement dans la norme des cités grecques. À l'époque hellénistiquePolémon d'Ilion décrit dans ses Offrandes à Lacédémone51 un portrait de la célèbre hétaïre Cottina et une vache de bronze dédiée par elle. Il ajoute que l'on montre encore de son temps, à titre de curiosité, la maison de passe qu'elle tenait près du temple de Dionysos.

Condition des prostituées

Vieille prostituée serrant contre elle sa jarre de vin,iie siècle av. J.-C.Glyptothèque de Munich

La condition des prostituées est difficile à évaluer. En tant que femmes, elles sont déjà marginales dans la société grecque. Nous ne connaissons pas de témoignage direct sur leur vie ni de description des bordels où elles travaillent. Il est vraisemblable cependant que les maisons closes de Grèce aient été similaires à celles de Rome, décrites par des écrivains ou préservées à Pompéi : des endroits sombres, malodorants et étroits. L'un des nombreux termes argotiques grecs pour désigner une prostituée est χαμαιτυπής / khamaitypếs, littéralement « qui frappe la terre », indiquant par là que la prestation avait lieu directement sur le sol.

 

Des traités de médecine fournissent un aperçu, mais très partiel et incomplet, sur leur vie quotidienne. Ainsi les prostituées esclaves, pour continuer à générer des revenus, doivent éviter autant que possible de tomber enceintes.

Les techniques contraceptives utilisées par les Grecs sont mal connues, bien moins que celles des Romains.

Dans un traité attribué à Hippocrate52, l'auteur décrit précisément le cas d'une danseuse « qui a l'habitude d'aller avec les hommes » : il lui recommande de sauter à talons-fesses, pour ainsi faire tomber le sperme et donc éviter tout risque. Plus simplement, il semble que les prostituées de Corinthe aient demandé à leurs clients de pratiquer la sodomie pour éviter de tomber enceintes53.

Il paraît également vraisemblable que les pornai aient eu recours à l'avortement ou à l'infanticide par exposition. Dans le cas des prostituées indépendantes, la situation est moins claire : une fille peut être éduquée au métier, succéder à sa mère et ainsi l'entretenir une fois que celle-ci sera devenue âgée.

Une prostituée et son client, œnochoédu Peintre de ShuvalovAltes Museum de Berlin

Les céramiques fournissent également un témoignage sur la vie quotidienne des prostituées. Leur représentation, très fréquente, peut être regroupée en quatre types, susceptibles de se recouper : scènes de banquetrelations sexuelles, scènes de toilette et scènes de mauvais traitements. Dans les scènes de toilette, il est fréquent que la prostituée ait un corps peu gracieux : poitrine tombante, bourrelets, etc.

Un kylix montre même une prostituée en train d'uriner dans un pot de chambre. Dans les représentations d'actes sexuels, la présence de prostituées se reconnaît souvent à la présence d'une bourse, qui vient rappeler le caractère mercantile de la relation. La position la plus fréquemment représentée est celle de la levrette — ou la sodomie, les deux positions étant parfois difficiles à distinguer. La femme, elle, est fréquemment pliée en deux, les mains à plat sur le sol. Or la sodomie est considérée comme avilissante pour un adulte, et il semble que la levrette (par opposition à la position du missionnaire) soit considérée comme peu gratifiante pour la femme54.

Enfin, un certain nombre de vases représentent des scènes où les prostituées sont menacées avec un bâton ou avec une sandale, et contraintes d'accepter des relations sexuelles jugées dégradantes par les Grecs : une fellation, une sodomie, voire les deux en même temps.

Enfin, si les hétaïres sont indéniablement les femmes les plus libres de Grèce, il faut constater qu'elles sont nombreuses à avoir souhaité se rendre respectables en se trouvant un mari ou un compagnon stable : Nééra, dont la carrière est décrite dans un discours judiciaire, parvient ainsi à élever trois enfants avant d'être rattrapée par son passé d'hétaïre. De même, Aspasie est choisie comme concubine, voire épouse, selon les sources, par Périclès. Athénée remarque que « les putains qui se transforment en femmes honorables sont généralement bien plus fiables que ces dames qui se glorifient de leur respectabilité55 » et cite plusieurs grands hommes grecs fils d'un citoyen et d'une courtisane : ainsi du stratège Timothée, fils de Conon. En revanche, nous ne connaissons aucun exemple de citoyenne qui soit volontairement devenue hétaïre.

 

Prostitution masculine

La Grèce possède également une abondance de πόρνοι / pórnoi, prostitués57. Une partie d'entre eux s'adresse à une clientèle féminine : l'existence de gigolos est attestée à l'époque classique par deux citations d'Aristophane. Ainsi, dans Ploutos (v. 960-1095), l'auteur met en scène une vieille femme sur le retour et son jeune damoiseau, contraint par la pauvreté à la cajoler contre argent sonnant et trébuchant, mesures de blé ou encore vêtements58. Jeunes hommes vendus, eunuques très prisés comme l'expression d'un luxe raffiné, démontrent que la société grecque donnait sa part au plaisir hors des sentiments.

À Sicyone (Péloponnèse), les hommes se prostituent avec allégresse au nom du dieu Bacchus.

Prostitution et pédérastie

Un homme mûr propose une somme d'argent à un jeune homme en échange d'une relation sexuelle, médaillon d'une coupe attique à figures rouges, ve siècleav. J.-C.Metropolitan Museum of Art

Contrairement à la prostitution féminine, qui mobilise des femmes de tout âge, la prostitution masculine est quasiment réservée aux adolescents. La liaison entre l'adulte et l'enfant, le pais, ne relève pas du marché des corps, mais de la paideia, de l'éducation. Des enfants mâles étaient sacrifiés à la mode très répandue des eunuques, privés en partie de leurs organes génitaux.

Solon, célèbre législateur athénien, réglementa les mœurs de la jeunesse et s'opposa à la prostitution des garçons de naissance

mais il n'interdit pas la vente des jeunes esclaves destinés à la débauche.

Dans les Amours (25-26), le pseudo-Lucien indique expressément :

« Or, une femme, depuis sa puberté virginale jusqu'au milieu de son âge, et avant que les dernières rides de la vieillesse aient sillonné ses attraits, est un objet digne des embrassements et de la tendresse des hommes, et, quand elle a passé l'époque de la beauté, son expérience peut encore parler plus éloquemment que les jeunes garçons. Mais celui qui s'adresse à un jeune homme de vingt ans me paraît lui-même un coureur de jouissances infâmes, qui poursuit une Vénus ambiguë. Les membres d'un tel mignon, formés comme ceux d'un homme, sont robustes et nerveux. De délicat qu'était son menton, il est devenu rude par la barbe dont il est garni, et ses cuisses arrondies se sont hérissées de poils59. »

La période durant laquelle les adolescents sont jugés désirables s'étend environ de la puberté jusqu'à l'arrivée de la barbe, la pilosité des garçons étant un objet de dégoût marqué pour les Grecs. Ainsi, ils connaissent le cas de dévoyés gardant pour amant un garçon adulte, mais tout de même épilé.

De même que son avatar féminin, la prostitution masculine n'est pas pour les Grecs un objet de scandale.

Les maisons closes de garçons esclaves existent au grand jour, non seulement dans les « quartiers chauds » du Pirée, du Céramique ou du Lycabette, mais partout dans la ville. L'un des plus célèbres de ces jeunes prostitués est sans doute Phédon d'Élis : réduit à l'esclavage lors de la prise de sa cité, il doit travailler dans une maison close jusqu'au moment où il est remarqué par Socrate, qui le fait racheter par ses disciples. Le jeune homme devient ensuite un disciple du philosophe et donne son nom au Phédon, narrant la mort de ce dernier60. Les cités lèvent une taxe également sur les prostitués61. Dans l'un de ses discours, le Contre Timarque, l'orateur Eschine peut tout à fait se permettre de décrire au tribunal un bordel masculin62.

Le client d'une telle maison n'est frappé de réprobation ni par la loi, ni par l'opinion publique.

Prostitution et citoyenneté

Jeune musicien lors d'un banquet, coupe de DourisStaatliche Antikensammlungen

L'existence d'une prostitution masculine à grande échelle montre que les goûts pédérastiques ne sont pas cantonnés à une classe sociale favorisée. Si les citoyens moins aisés n'ont guère le temps ni les moyens de pratiquer les rituels aristocratiques (observation au gymnase, cour amoureuse, cadeaux) qui y sont liés63, chacun a la possibilité d'assouvir ses penchants en recourant à la prostitution — et ce d'autant plus qu'à l'instar des femmes, les garçons sont protégés par la loi contre toute atteinte physique, et qu'on ne connaît pas d'exemple de relation sexuelle entre un maître et son esclave avant une mention dans Xénophon64.

Un autre motif de recours aux prostitués est l'existence de tabous sexuels : ainsi, le fait de pratiquer une fellation est pour les Grecs un acte dégradant65. Par conséquent, dans une relation pédérastique, l'éraste (amant) n'est pas censé demander cette faveur à son éromène (bien-aimé), futur citoyen : il doit plutôt s'adresser à un prostitué.

Par conséquent, même s'il est légal, l'exercice de la prostitution est socialement honteux. Il est normalement du ressort d'esclaves ou, de manière générale, de non-citoyens. À Athènes, pour un citoyen, il entraîne des conséquences politiques importantes, comme l'atimie (ἀτιμία / atimía), la perte des droits civiques publics. Ainsi s'explique le Contre Timarque : Eschine est attaqué par Timarque ; pour se défendre, Eschine accuse son accusateur de s'être prostitué dans sa jeunesse. Par conséquent, Timarque devrait être déchu de ses droits politiques, parmi lesquels le droit de porter plainte contre quelqu'un. Corollairement, prostituer un adolescent ou offrir à un adolescent de l'argent contre des faveurs sexuelles est sévèrement interdit, puisque cela revient à priver le jeune homme de ses futurs droits civiques.

Le raisonnement grec est explicité par Eschine (§ 29), citant la loi à l'article δοκιμασία66 : le citoyen qui s'est prostitué (πεπορνευμένος / peporneuménos) ou s'est fait entretenir (ἡταιρηκώς / hêtairêkốs) est privé de parole publique car « celui qui a vendu son propre corps pour que les autres en usent selon leur plaisir (ἐφ’ ὕϐρει / eph’ hýbris) n'hésiterait pas à vendre les intérêts de la communauté dans son ensemble. »

Les accusations de Timée de Tauroménion67 à l'encontre d'Agathocle de Syracuse reprennent exactement la même thématique : un prostitué est par définition quelqu'un qui abdique sa propre dignité pour satisfaire les désirs d'autrui : un « vulgaire prostitué (κοινὸν πόρνον / koinòn pórnon) à la disposition des plus dissolus, un geai68, une buse69, présentant son derrière à qui en voulait. »

Tarifs

Comme chez les femmes, les tarifs des prostitués sont très variables. Athénée70 mentionne un garçon offrant ses faveurs pour une obole ; là encore, la modicité de la somme incline au doute. Straton de Sardes, un auteur d'épigrammes du iie siècle apr. J.-C., évoque une transaction à cinq drachmes71. Une lettre du pseudo-Eschine72 estime à 3 000 drachmes le montant gagné par un Mélanopous, probablement tout au long de sa carrière.

Il semble que l'on puisse reprendre ici les catégories de la prostitution masculine. Eschine dans le Contre Timarque73 distingue ainsi le prostitué et le garçon entretenu. Il ajoute un peu plus loin (§ 51-52) que si Timarque s'était contenté de rester avec son premier protecteur, sa conduite aurait été moins répréhensible. Or non seulement Timarque a quitté cet homme — qui n'avait plus les moyens de l'entretenir — pour un autre, mais il a collectionné les protecteurs, prouvant ainsi, selon Eschine, qu'il n'est pas un garçon entretenu (hêtairêkôs) mais un vulgaire prostitué (peporneumenos).

 SUITE !!

 

 

 

 

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